Hommage à Jean Dussine président d’Itinérance Cherbourg assassiné le 12 mai 2020

Un hommage musical de Martine Lavalette, présidente d’Itinérance Sud Manche:

« Classique: Les basses obstinées »

Et de Marie-Claire Evariste, secrétaire d’ISM et ancienne bénévole d’Itinérance Cherbourg:

« Nous avons appris dans la journée de Mardi 12 Mai 2020  la mort bouleversante de Jean Dussine, président d’Itinérance, association de Cherbourg qui œuvre depuis plusieurs années pour la prise en charge juridique, sociale et culturelle des  déboutés de la demande d’asile à Cherbourg.  Jean a été assassiné dans son sommeil par un jeune Afghan de 20 ans, qui s’est introduit chez lui et l’a violemment frappé avec une barre de fer. Une enquête déterminera les motivations de cet individu. Jean est mort immédiatement.

    Entré  en 2015 à Itinérance, il en a pris la présidence en Mars 2016 et a travaillé à construire une « relation pacifiée », selon Benoît Arrivé, maire de Cherbourg- en- Cotentin, entre la mairie et les exilés sur l’agglomération Cher bourgeoise. Cette disponibilité auprès des exilés, c’était sa vie, il était leur « père », il les appelait « mes gars », ces six à huit  exilés aux parcours très divers  qu’il hébergeait à plein temps dans sa grande maison, battue par les embruns marins de Bretteville en Saire. Il y a quelques jours encore, il appelait sur son mur Facebook pour un retour déconfiné à la plage, où il initiait des parties de cricket et des balades iodées pour tous ces gars égarés, isolés, bousculés trop jeunes par la vie, la guerre, la violence. Auprès de Jean, ils retrouvaient la stabilité, ils reprenaient espoir, ils croyaient de nouveau en un avenir digne. Tous les jours, été comme hiver, Jean travaillait à la reconnaissance administrative des droits des étrangers désireux de s’installer en France ; pas un jour sans les accompagner à la préfecture de St Lô ou à l’OFII de  Caen pour expliquer et traduire leurs demandes , la voiture toujours pleine ; pas un jour sans passer au camp-squat de Cherbourg pour apporter l’eau, le bois, le matériel, pour soigner les pieds, pour soulager les peurs de ces jeunes, parfois âgés de seulement quinze ans, perdus dans la violence de l’accueil que leur donne trop souvent la France, et toujours avec son grand rire, sa gentillesse, sa générosité, son humanité authentique, tellement évidente et inhérente à sa personne. « Monsieur Jean » était la bonté incarnée, la tolérance inconditionnelle,  le refuge ultime de l’errance migratoire.  « Qui suis-je, moi », disait-il,  « pour faire la différence entre telle ou telle personne ? Ce que je vois, c’est un homme fatigué, qui n’a pas à être à la rue parce qu’il a été obligé de fuir son pays… ». Son combat principal, c’était le droit à des conditions de vie dignes, tout simplement, ce que tout être humain revendique légitimement pour lui et ceux qui vivent autour de lui. C’est quelqu’un qui forçait l’admiration, un Abbé Pierre du Nord-Cotentin… Les souvenirs se bousculent à son évocation, les anecdotes  sont  trop nombreuses, chacun en a à rapporter, oui, je crois qu’on pourrait écrire un livre racontant son action bienfaisante et politique.

    C’est évidemment une immense perte pour les migrants du nord-Cotentin, mais aussi pour l’association qu’il présidait, à qui il insufflait régulièrement la force de continuer malgré les obstacles  et les découragements. Ce n’est pas rien que d’apporter le pain quotidien à 50 ou 70 personnes, ce n’est pas rien que de nourrir tous les dimanches 20 à 50 personnes qui n’ont rien d’autre, ce n’est pas rien que d’alphabétiser quotidiennement 50 à 70 personnes venant de 20 à 30 nations différentes… Jean n’était pas un chef, il travaillait avec les autres ; il se réalisait dans le collectif et il invitait les autres à l’épauler sans dogmatisme ni certitude. Il essayait, il mouillait sa chemise vers un objectif bien défini : la réalisation d’un engagement au service de la cause la plus juste qui soit : la dignité et le droit à la libre circulation de chaque homme sur terre.

    Cet engagement, c’est aussi le nôtre, à Itinérance Sud Manche, petite sœur d’Itinérance Cherbourg ; associés à Jean dans le cadre de notre participation au Collectif 50 pour le droit des étrangers, nous perdons un camarade, un ami, un frère. Notre chagrin est immense…

    … et notre colère aussi, parce que, malgré nos demandes constantes, l’état n’offre pas aux étrangers demandeurs d’asile, surtout célibataires, l’hébergement auquel ils peuvent prétendre selon les textes officiels, parce que l’état réduit la prise en charge médicale de ces mêmes personnes et en particulier ne les suit pas suffisamment dans leurs souffrances mentales découlant souvent des traumatismes qui les ont conduits à quitter leur pays et à chercher refuge ailleurs.

    Pour l’instant, notre chagrin l’emporte encore sur la colère, mais le combat continue ! »

 

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