Avranches. Un collectif d’associations solidaires proteste contre la fermeture du foyer Abbé Pierre

​Face à la fermeture du foyer Abbé Pierre, des habitants d’Avranches (Manche) se sont mobilisés pour une manifestation, jeudi 31 mars 2022, au soir.

  • Des membres des associations avranchinaises Emmaüs, Itinérance Sud-Manche, Secours catholique et la Ligue des droits de l’Homme se sont retrouvés, jeudi 31 mars 2022, devant le foyer Abbé Pierre pour protester contre sa fermeture.Des Des membres des associations avranchinaises Emmaüs, Itinérance Sud-Manche, Secours catholique et la Ligue des droits de l’Homme se sont retrouvés, jeudi 31 mars 2022, devant le foyer Abbé Pierre pour protester contre sa fermeture. | OUEST-FRANCE

Ouest-France Audrey VAIRÉ. Publié le 02/04/2022 à 08h16

Collectivement, ils ont signé un communiqué. « Fermer ces places est une aberration. Pour être hébergé aujourd’hui, il faut pouvoir se déplacer d’un bout à l’autre du département. Beaucoup renoncent, et ce pour trois nuits par mois dans chaque lieu d’accueil. Que reste-t-il également pour ces très jeunes majeurs qui commencent leur vie d’adulte dans la rue ? »

Nicole Launey, porte-parole, a retrouvé une analyse des besoins sociaux réalisée en 2021 pour Avranches, Marcey-les-Grèves et Saint-Senier-sous-Avranches. Déjà, ce document pointait la nécessité de « pérenniser l’accueil et l’accompagnement » du foyer : « L’offre nécessiterait d’être développée et soutenue par les collectivités. »

Les demandes de ce collectif d’associations vont plus loin : « Ce service public ne doit pas être confié à des associations pour qui il est difficile de gérer cet accueil mais aux institutions. »

Le temps de leur manifestation marquée par le froid et le vent, un homme s’est présenté avec son sac à dos, espérant trouver refuge ici pour la nuit. Il est reparti sans rien.

https://www.ouest-france.fr/normandie/avranches-50300/avranches-un-collectif-d-associations-solidaires-proteste-contre-la-fermeture-du-foyer-abbe-pierre-cc217f6c-b1a4-11ec-8bdd-263bea782c11

Avranches. Ouvert depuis 1962, le foyer Abbé Pierre ferme ses portes et n’accueillera plus de SDF

​Après soixante ans de service, le foyer d’hébergement d’urgence Abbé Pierre a fermé définitivement ses portes, jeudi 31 mars 2022. À destination des hommes seuls, il avait été inauguré rue Saint-Saturnin en mai 1962, par l’Abbé Pierre en personne.

De gauche à droite : Michel, SDF, Eric Escrignac, président des Amis d’Emmaüs de l’Avranchin, et Jean-Marc, agent d’accueil, mercredi 30 mars 2022, au foyer d’accueil Abbé Pierre, pour la dernière soirée d’ouverture. | OUEST-FRANCE

Ouest-France Audrey VAIRÉ. Publié le 01/04/2022 à 18h45

Alors qu’il s’apprêtait à souffler ses soixante bougies, le foyer Abbé Pierre d’Avranches a fermé définitivement ses portes ce jeudi 31 mars 2022. Rue Saint-Saturnin, ce lieu d’hébergement d’urgence proposait chaque jour cinq places aux hommes seuls qui n’avaient nulle part où dormir et appelaient le 115. Sur place, ils pouvaient cuisiner, laver leur linge, prendre une douche, dormir au chaud…

C’était le seul endroit de ce type dans le Sud-Manche. « Nous avons pris la décision de fermer il y a plus d’un an. Depuis tout ce temps, nous avons travaillé à la reprise par une autre association. En vain », regrette Éric Escrignac, président des Amis d’Emmaüs de l’Avranchin, qui ne comptait plus qu’une poignée de membres.

« On perdait de l’argent »

À la tête de cette association depuis 2017, il constate une dynamique associative en berne, des difficultés financières et des contraintes administratives de plus en plus lourdes. Trois raisons qui l’ont amené à cette fermeture.

Le premier coup dur est arrivé en 2018, quand l’aide gouvernementale sur les contrats aidés est passée de 90 à 50 %. Difficile de recruter ou de former dans ses conditions, or la présence d’agent est indispensable au bon fonctionnement de la structure. « On s’est aperçu qu’on perdait de l’argent », glisse le président, qui n’a pas obtenu de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) des aides plus conséquentes.

L’association employait deux salariés en contrat aidé, à temps partiel : Jean-Marc et Bernard. Ils aidaient les personnes à enclencher des démarches administratives, s’assuraient que tout se passait bien au sein du foyer Abbé Pierre. Mais ne restaient pas la nuit. « Ça se passait plutôt bien, mais c’était quand même un gros risque. »

Des nuits à l’hôtel… en attendant

Côté administratif, des tâches se sont ajoutées, devenant de « plus en plus lourdes ». Après plusieurs appels au bénévolat restés sans réponse, le président s’est aussi retrouvé à faire tout tout seul. Autre constat : le public a évolué. Passant de routards de passage à des personnes plus vulnérables, qui méritent un vrai projet. « Quelque chose de plus consistant. »

Selon Éric Escrignac, c’est surtout la question du budget qui a empêché une reprise du foyer par d’autres associations. « C’est une mission du service public, sous le contrôle de l’État, qui ne donne pourtant qu’un budget dérisoire. »

Et maintenant ? L’association devrait être dissoute une fois toutes les factures et les questions administratives réglées. Et pour les personnes dans le besoin, la DDETS a prévu dès ce vendredi 1er avril 2022 des nuitées hôtelières, en « attendant la finalisation d’un projet de reprise par une autre association, en lien avec la Ville d’Avranches ».

Ouest-France Audrey VAIRÉ. Publié le 02/04/2022 à 10h08

Avranches. Au foyer Abbé Pierre, Michel a pu « se donner une nouvelle chance »

​Fermé depuis jeudi 31 mars 2022, le foyer d’hébergement d’urgence Abbé Pierre, à Avranches (Manche), a accueilli quelques jours Michel, SDF. Il raconte.

Après la fermeture du foyer Abbé Pierre, Michel, SDF, s’est à nouveau retrouvé à la rue. | OUEST-FRANCE

Mercredi 30 mars 2022, Michel (le prénom a été changé) était l’un des derniers occupants du foyer Abbé Pierre d’Avranches (Manche), avant sa fermeture. Il a découvert l’endroit une dizaine de jours plus tôt, à son arrivée dans le Sud-Manche. « C’était mon dernier rêve : me rapprocher du Mont-Saint-Michel et voir les moutons dans les prés », glisse le sans domicile fixe.

Un nouveau travail lundi

Du haut de ses 47 ans, il a parcouru la France, trouvant des petits boulots où il pouvait. Avec un regret : celui de ne pas avoir pris la main qu’on lui tendait plus jeune, alors qu’il était de passage à Ajaccio. « J’aurais pu faire aide à la personne chez quelqu’un qui acceptait de me loger… Mais, j’étais trop orgueilleux et je n’y ai pas cru », admet-il.

Aujourd’hui, il est prêt à saisir sa chance. « J’ai atteint l’âge où les bêtises sont finies et on rêve de stabilité. » Au foyer manchois, il a donc écouté tous les conseils qu’on lui a donnés et rempli un tas de papiers administratifs pour la Caisse des allocations familiales, Pôle emploi et des boîtes d’intérim.

Résultat : il a en main un dossier complet et trouvé un contrat de travail temporaire dans le commerce à Avranches. « Je m’étais inscrit en me disant : je prends le premier travail qu’on va me donner », raconte-t-il, visiblement reconnaissant envers l’association Les Amis d’Emmaüs qui s’occupait de ce foyer.

« Je vais essayer de trouver l’hospitalité »

Michel parle lentement, avec le sourire et la blague faciles. En quelques minutes de conversation, il remercie, à de multiples reprises, les membres et agents du foyer, enchaîne les anecdotes et cite tour à tour sœur Emmanuelle et le Dalaï-Lama.

Après une dernière nuit au chaud et un bon repas, le quadragénaire est reparti avec son sac de trois kilos, sa tente et sa couverture chauffante. Sans plan concret, à quelques nuits de son premier jour dans un nouveau travail. « Ça ne me fait pas peur. Je vais essayer de trouver l’hospitalité en échange d’un coup de main ou au moins quelqu’un qui accepte que je vienne avec ma tente. »

AG de l’association le 23 mars 2022

Bilan 2021 de l’association Itinérance Sud Manche

L’ année 2021 a été encore une année compliquée, bien sûr par la pandémie, mais surtout par la mise en place de la dématérialisation en préfecture qui entraîne une fermeture des guichets et la nécessité de passer par Internet pour toute démarche. En cas de réponse positive, par exemple pour aller retirer sa carte, la personne reçoit un SMS lui demandant de prendre RV par téléphone : or la plage horaire ( une matinée par semaine) pour le prendre est telle que les RV sont très vite complets et quasiment impossibles à obtenir.  Le collectif 50 dont fait partie ISM a engagé un contentieux contre cette dématérialisation avec des associations nationales : 22 préfectures ont été attaquées et 3 déjà condamnées à revoir leur dispositif.

Des personnes pourtant autonomes sont revenues voir l’association pour les aider à renouveler leur titre de séjour et ce renouvellement est si difficile que ces personnes perdent parfois leur travail.

Malgré les difficultés, ISM a eu de belles réussites en 2021 notamment grâce à la mobilisation citoyenne autour de deux familles : une famille albanaise de 6 personnes qui a obtenu l’asile alors qu’elle devait quitter le CADA, mais l’hébergement citoyen leur a permis d’attendre que leur recours devant les juges soit effectif et que la protection leur soit donnée suite à notre travail juridique avec l’avocate.

 Une famille bangladaise de 7 personnes a obtenu une autorisation exceptionnelle de séjour en mars 2021 grâce à une importante mobilisation de parents d’élève, d’enseignants et d’élus à Carolles.

Qu’ils en soient remerciés !

Nous avons obtenu 25 réussites  avec les avocats qui nous conseillent ;  notons les plus spectaculaires : deux obligations de quitter le territoire pour retourner dans leur pays d’origine ont été prises contre deux Afghans après l’arrivée des talibans au pouvoir; un recours gagné pour un jeune bangladais devant le juge pour enfants qui l’a reconnu mineur et donc confié à l’ASE ; un regroupement familial et une réunification pour deux Afghans .

Nous avons assuré  le suivi administratif et juridique de 59 personnes dont 21 personnes déboutées du droit d’asile. 

Au total 14 familles soit 35 adultes (13 femmes, 22 hommes) et 23 enfants .

Ils sont issus de 21 pays :l’Afghanistan, l’Albanie, le Nigeria, la Russie, l’Ukraine, le Kosovo, le Cameroun, la  Guinée, la  Guinée Bissau, la Côte d’Ivoire, la R.D.Congo, le Sierra Léone, le Mali, la Lybie, le Soudan, l’Erythrée, le Pakistan, le Bangladesh, le Kirghizistan, le Kazakhstan, la Géorgie.

Et il a fallu héberger ces familles à la rue pendant la procédure grâce à vos dons « pour  le cent pour un » notamment, qui n’est pas encore tout à fait « un cent pour un » car 60 personnes donnent régulièrement;  l’hébergement et l’aide sociale pour la survie de ces familles représentent l’essentiel de notre budget qui dépasse chaque année 30000 euros.

La majorité de nos ressources proviennent  de vos dons ( sauf 2000 euros de subvention du CCAS, 3000 de subvention exceptionnelle du département en 2021 suite au COVID ayant rendu impossibles nos évènements, une subvention de 2000 euros de Solidarité Laïque pour l’intégration des enfants  )

Pour  héberger les familles sans abri, nous avons recours à la location en 2022 de 3 appartements dans une maison rue du Grand Tertre où sont accueillies 3 familles de 5 adultes et 4 enfants ; une maison prêtée à Carolles par le diocèse et dont nous payons les charges, accueille 2 mères célibataires et  3 enfants et une autre maman est accueillie avec son fils dans une famille hébergeuse solidaire.

Merci à vous tous qui nous avez permis d’assurer l’aide qui a permis d’aboutir à ce que certaines de ces personnes puissent vivre dans la légalité sur le territoire français .

Ils ont trouvé leur place dans les métiers du bâtiment, de la confection, de la cuisine.

Continuez à soutenir et rejoignez l’équipe de bénévoles pour les ateliers de français, l’accompagnement, l’organisation d’événements : votre présence sera précieuse au moment où les débats politiques se focalisent contre celles et ceux contraints de fuir leur pays.

L’accueil des Ukrainiens dans les pays d’Europe dont la France, montre qu’une autre politique est possible quand la volonté est là …

L’association en 2021 comportait 71 adhérents

Itinérance Sud Manche: Ukraine, communiqué du Collectif 50 adressé à la presse

Face à la guerre d’invasion menée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine, le collectif 50 pour les droits des étrangers*, exprime son entière solidarité avec le peuple ukrainien.

Cette agression, au mépris de la démocratie, vise à faire prévaloir la force en tout temps, au mépris du droit international, de la souveraineté des Etats et des droits fondamentaux des peuples. 

Fidèle aux principes humanistes qui fondent et guident son action depuis des années, le collectif 50 pour les droits des étrangers participera partout dans le département à tous les dispositifs d’accueil et de soutien aux réfugiés ukrainiens.

C’est notamment le cas pour l’aide aux personnes pour qu’elles puissent exercer concrètement leur droit en matière de demande de droit d’asile.

Il soutiendra avec ses associations et ses collectifs locaux les initiatives prises par les collectivités locales.

Dans ce contexte dramatique, le collectif 50 pour les droits des étrangers, s’opposera sans relâche aux discours fallacieux et racistes qui prétendent opposer les « bons réfugiés » et les « mauvais migrants », souvent tenus par ceux-là mêmes qui ont manifesté depuis longtemps tant de complaisance et de révérence pour l’autocrate russe. 

Il rappelle que les principes de la Convention de Genève sur l’accueil des réfugiés ont un caractère inconditionnel et ne doivent pas être « à géométrie variable » en fonction du pays ou de la couleur de peau.  

Dans le même esprit, il est plus que temps de s’en inspirer pour refonder la politique de l’Union Européenne sur la base des principes de la solidarité et de l’accueil. 

*Le collectif 50 pour les droits des étrangers : Itinérance Cherbourg, le Collectif Saint-Lois d’Aide aux Migrants, la Pastorale des Migrants, le groupe migrants d’Alternatives Solidaires de Coutances, Solidarité sous les Pommiers, Port d’Attache, Itinérance Sud Manche, le Comité Manche Droits des Femmes, la Fédération 50 de la LDH, le MRAP 50, le Secours Catholique 50, le Secours Populaire Français Manche, EELV 50, Le PCF 50, la France Insoumise 50.

Janvier 2022 : Victoire au tribunal pour Omar (voir la pétition de septembre 2021)

Une bonne nouvelle pour Omar pour lequel nous avions lancé des actions :

Victoire au tribunal pour Omar

Le tribunal Administratif a levé l’obligation de quitter le territoire pour ce jeune Afghan et a demandé au préfet de lui donner un titre de séjour

 L’association Itinérance sud manche, soutenue par la section de la ligue des droits de l’Homme d’Avranches a  lancé une pétition en Septembre pour demander la levée de l’OQTF contre un jeune

Afghan,  âgé de 21 ans , *Omar,  arrivé à 15 ans en France, auquel le préfet refusait un titre de séjour,alors qu’il avait des diplômes, 9 fiches de paie dans le bâtiment  et un employeur prêt à le faire travailler. Il ordonnait à ce jeune afghan de quitter le territoire pour retourner dans son pays d’origine et ce après l’arrivée des talibans au pouvoir en  Afghanistan.

Cette pétition a recueilli 13 000 signatures et nous remercions chaleureusement tous les signataires.

 Malgré cela, le préfet a  refusé le recours gracieux et l’affaire a été jugée, le 13 Janvier, au Tribunal Administratif de Caen. Le jugement a été rendu le 28 Janvier et communiqué le 10 février  à Omar par l’avocat de l’association: le juge décide l’annulation de l’OQTF et enjoint au préfet de la Manche de délivrer un titre de séjour temporaire d’un an à M. N. … et dans l’attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à  travailler. »

Nous avons soutenu et aidé Omar dans son attente et dans les formalités judiciaires et administratives très éprouvantes pour un jeune étranger ; nous avons cité son affaire dans les médias, auprès du nouveau préfet lors de la mobilisation du 17 Décembre à Saint-Lô et lors d’un RV qu’il a accordé au Collectif le 27  Janvier. Nous avons aidé Omar financièrement (grâce aux  dons), parce  que depuis l’été, il n’avait plus de ressources; il a également trouvé du réconfort auprès de ses amis afghans, de ses cousins,  il a fait du bénévolat auprès de certains de nos adhérents et nous les en remercions. Rien n’est plus difficile, pour les personnes que nous accompagnons, que l’inactivité contrainte alors qu’il y a des besoins mais qu’on leur interdit de travailler. Et quel gâchis! parce que, au bout du compte, la France verse beaucoup d’argent pour accueillir et former ces jeunes… et les met dehors ensuite au moment où ils rendent ce qu’ils ont reçu et où tant d’entreprises ont besoin d’eux. Nous sommes très heureux de partager avec vous ce succès et nous vous appelons à soutenir et renforcer notre association dans ses combats et pour que le droit tel qu’il est reconnu dans la constitution française continue à s’appliquer .

Le bureau et la commission juridique d’ISM.