Voici le texte lu le 21 janvier devant la mairie d’Avranches.
Entre 250 et 300 personnes étaient présentes.
« Réunis une fois de plus pour l’accueil et la solidarité, nous réclamons le retrait de la loi Asile et Immigration. Pourquoi ? En quoi la ville d’Avranches serait-elle concernée par cette loi ? »Réunis une fois de plus pour l’accueil et la solidarité, nous réclamons le retrait de la loi Asile et Immigration. Pourquoi ? En quoi la ville d’Avranches serait-elle concernée par cette loi ?
A Avranches, il y a depuis quelques années un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile de 110 places, à peu près. Cela signifie que des familles étrangères ont demandé la protection de la France parce que leur pays ne leur offrait plus la sécurité pour eux et leurs familles : les Afghans fuient la tyrannie des Talibans depuis des décennies, tyrannie qui s’exerce contre les femmes qui ne peuvent plus aller à l’école, qui ne peuvent plus sortir non accompagnées d’un père, frère, cousin, tyrannie qui s’exerce contre les hommes qui contestent la loi islamique, qui souhaitent vivre librement leurs convictions et accéder à la vie occidentale. Les Ivoiriens fuient le poids familial qui pèsent sur les filles, menacées d’excision ; les Albanais fuient la mafia et la corruption des dirigeants : ils aspirent à une vie sécurisée pour leurs enfants ; les Géorgiens souhaitent fuir la mafia qui gangrène la vie politique du pays ; les Ukrainiens fuient la guerre de Poutine et la conscription des jeunes hommes ; les Russes fuient aussi la conscription et la dictature de Poutine, les Bangladais craignent la misère qui oblige à travailler dans des usines toxiques, les Congolais refusent les vengeances politiques, les Nigérians, les Burkinabés fuient la misère économique, les Ouigours du Kazakstan et du Kirghistan fuient la ségrégation dont ils sont l’objet de la part des Chinois, etc…
Chacun a des raisons tout à fait justifiables et audibles mais l’état Français ne voit en eux que des terroristes potentiels, des délinquants, des parasites, (ce que l’on a pu lire dans une circulaire de Darmanin du 17 Nov 22, qui enjoignait à ses préfets d’appliquer à l’accueil des étrangers les mêmes règles qu’aux délinquants). On leur refuse souvent l’Asile et on leur délivre une Obligation de Quitter le Territoire Français pour retourner se faire tuer ou souffrir en Afghanistan, Côte d’Ivoire, Congo, Bangladesh, Albanie, Géorgie, Kirghistan, Ukraine, Russie, etc..
L’Association Itinérance Sud Manche héberge actuellement 29 de ces personnes en situation irrégulière ( dont 14 enfants) : pour eux, nous nous démenons pour leur obtenir un droit au séjour régulier : c’était Donika et sa famille , dont les enfants ont mention B et TB au bac après 2 ans de présence en France, c’était Albana qui excelle chez St James, dont les filles en 6ème ont d’excellents résultats scolaires, c’était Eugénia qui travaille depuis 3 ans sans papiers et a obtenu sa carte de séjour, c’était Naqib en errance pendant 16 ans, expulsé 2 fois de Norvège où vivait sa famille qui travaille comme soudeur en CDI, c’était Sami dont un réexamen de la situation a abouti à la régularisation, c’était la petite jumelle de Mohamed qui a obtenu le statut de réfugiée à 3 ans…
Et maintenant c’est Didjon, l’étudiant, Alban le lycéen, Alisher le Collégien, Fatoumata l’écolière , leurs parents et frères et sœurs en situation irrégulière dont les dossiers sont en phase d’instruction à la Préfecture. Mais c’est long, l’aboutissement de tels dossiers. Ce sont des vexations continuelles : pas le bon document, pas la bonne photo, pas de RV possible en Pref, tout est dématérialisé. Les récépissés de demande arrivent systématiquement en retard, parfois le changement d’adresse n’a pas été enregistré, des gens en CDI ne peuvent plus travailler, ils se retrouvent en faute en cas de contrôle d’identité, même à Avranches !! Les étrangers, même en situation régulière, sont des invisibles : ce sont eux qui se lèvent la nuit pour traverser la ville sans lumière, certains vont même à pieds jusqu’à Ducey, ce sont eux qui rentrent tard le soir, ils font « leurs courses » aux Restaus du Cœur, chez Emmaüs, se rendent aux guichets de la CPAM, des impôts, du CCAS, du CMS… quand la plupart des ces administrations sont pour tout un chacun accessibles par un clic.
Pourtant, on leur refuse le droit au travail, alors que le Sud Manche manque de bras dans des métiers en tension comme le bâtiment (maçons er couvreurs), dans la restauration touristique ( plonge, service, cuisine), dans la santé ( aides-soignants, médecins), dans l’accompagnement social auprès des personnes âgées ou handicapées. On leur refuse les aides sociales : 5 ans de présence légale pour obtenir un RSA, pas d’Allocations Familiales pour des enfants nées hors-France, pas d’Allocation logement sans titre de séjour régulier, pas de permis de conduire, pas d’accès aux formations-adultes. Ce n’est pas cela dont les entreprises ont besoin, elles souhaitent employer de façon pérenne du personnel courageux qu’elles vont former, encourager à l’intégration. Ce n’est pas cela non plus que souhaitent les malades, les patients, vous, nous : ils souhaitent du personnel compétent et donc payé dignement, des médecins titulaires, des soignants en nombre suffisant dans les hôpitaux, des Urgences ouvertes à toute heure.
C’est pourquoi la situation étant déjà cauchemardesque pour la plupart des étrangers, cette loi ne fera que détruire les derniers espoirs qu’ils pouvaient avoir : pas de régularisation de plus d’un an par le travail, restriction du droit à la naturalisation, droit à la santé en péril, abandon de l’aide aux mineurs non accompagnés, et au contraire augmentation des places en centre de rétention, disparition de la CNDA pour une justice dite « abusivement de proximité », réduction du délai d’instruction des dossiers, et donc arbitraire des décisions prises.
NON, cette loi, nous n’en voulons pas et nous ne lâcherons pas le dossier. »